Why leave


Après mon billet de la semaine dernière, où j’expliquais qu’on a pris la décision de quitter l’Angleterre, j’ai reçu beaucoup de commentaires et messages très gentils (et d’autres beaucoup moins). Je précise de suite que je ne suis pas énervée (on est jeudi…) au contraire, ça m’a beaucoup touché (sauf ceux qui m’ont un chouïa contrarié mais que je n’ai pas laissé passer). J’ai commencé à répondre à ceux qui s’inquiétaient pour nous et j’ai ignoré consciencieusement les autres… et finalement j’ai décidé de répondre à tous dans un billet, ça sera plus simple, aux gens adorables qui m’ont envoyé de très gentils messages et aux autres aussi. Je vous rassure, si j’ai laissé passer vos commentaires, c’est bien parce que je vous trouve adorable. Je ne veux surtout pas vous vexer en répondant à tout le monde en même temps, mais c’est plus facile. 

Why leave
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Beaucoup, en Angleterre comme nous, m’ont dit que leur vie n’avait pas fondamentalement changé, qu’on n’était peut-être simplement pas au bon endroit dans l’Essex. C’est vrai, en apparence notre vie n’a pas tant changé et effectivement, il y a des endroits beaucoup plus accueillants que l’Essex qui est un des bastions du brexit. Mais on ne part pas à cause de notre voisin qui préfère les anglais blancs ou des abruties à l’école qui en ont marre des étrangers. Le brexit aura (a déjà) des conséquences nationales, sociétales et culturelles, peu importe qu’on vive dans une ville majoritairement sympathique et tolérante ou au fin fond de l’Essex. Sans parler de l’économie. Je ne vais pas vous embêter avec des choses désopilantes comme les taux directeurs ou l’endettement des ménages, mais si ça continue comme ça, et ça risque d’énerver légèrement les brexiters, leur great again Britain sera dirigée par une étrangère. Christine Lagarde, la présidente du FMI. Contrairement à ce qu’affirme la presse locale dont les connaissances en macro économie sont aussi développées que l’intégrité journalistique de la BBC, ça va très mal. 

La situation se détériore à une rapidité extraordinaire même si les effets ne se font pas encore sentir ( enfin pas trop…) au niveau micro économique. Je ne parle même pas de la situation administrative et des discriminations anti européens que le gouvernement met en place peu à peu, et qui frapperont tout le monde, dans tout le pays. Pour chaque Européen qui peut prétendre à la naturalisation, il y en a au minimum un autre qui ne rentre pas dans les cases de plus en plus restrictives du ministère de l’intérieur. Il se trouve que malheureusement ou heureusement, je ne sais pas, Marichéri et moi avons accès facilement à tout un tas d’infos notamment économiques et qu’on les  comprend (sérieusement les taux directeurs, c’est captivant) assez pour ne pas avoir envie d’assister au naufrage. On ne veut pas vendre notre jolie maison, faire changer nos enfants d’école, d’environnement, bâtir une nouvelle vie ailleurs en Grande Bretagne pour se rendre compte dans un an ou deux que ça ne va pas le faire et qu’il faut recommencer. Marichéri (probablement par déformation professionnelle) a fait des analyses, des statistiques, des listes objectives, ça a été très scientifique: pour notre famille (j’insiste, ce qui est bien pour nous ne l’est pas forcément pour d’autres. Chacun sa vision des choses), le mieux c’est de partir.  

Quand j’ai expliqué qu’on avait choisi le nord de la France, j’ai encore eu des messages, certains adorables et d’autres non (que je n’ai toujours pas laissé passer. Je dis ça pour ceux qui s’obstineraient à m’envoyer leur logorrhée, ce n’est pas la peine d’insiter). Mais tous m’ont mis en garde contre un  « retour » en France. Pas de soucis, on ne rentre pas en France. On a choisi une destination selon une liste de critères objectifs très précis (notamment la distance par rapport à Londres et les facilités de transport, mais pas uniquement), sans tenir compte de ce qu’il y avait marqué sur nos passeports. Si on voulait rentrer quelque part, on irait en Irlande. On ne connaît plus la France, on ne s’attend pas à retrouver celle de notre enfance (et on n’en a aucune envie). En fait, on n’a aucune attente, aucun a priori. Je sais que c’est difficile à imaginer puisqu’après tout on est français, mais on considère vraiment que c’est une nouvelle expatriation, pas un retour. Bien sûr que ce sera difficile, qu’il y a des tonnes de démarches administratives, qu’il faudra s’adapter, que certaines choses nous surprendront, nous déplairont…c’est comme ça quand on débarque dans n’importe quel pays! On l’a déjà fait, on n’a jamais été aussi bien préparé (ça fait des mois qu’on se renseigne) et ça ne nous inquiète pas plus que ça. Au contraire. Plus on se rend compte qu’on ne connaît pas la France d’aujourd’hui, moins notre départ nous apparaît comme un échec. Voilà, on ne s’y attendait pas, mais on a fait le tour de ce que l’Angleterre pouvait nous offrir, on va voir ailleurs. Comme on est parti d’Irlande volontairement. C’est juste une nouvelle étape. 

Alors, je voulais vous dire merci à tous, ceux qui s’inquiètent sincèrement, et les autres, ceux dont j’efface les commentaires. Quand les résultats du référendum sont tombés,  vers 4 ou 5 heure du matin, on était sonné, dégouté alors qu’on pensait encore que la situation serait vite réglée. Mais ma première réaction à chaud, ça a été de vouloir partir. Presque 18 mois après je ne voulais plus partir, mais je pensais que c’était la meilleure chose à faire, même à contre coeur pour notre famille. Et bien, depuis une semaine chaque message gentil mais inquiet, chaque mise en garde pas toujours sympa ont contribué à me faire voir les choses autrement. Vous m’avez aidé à rallumer ma curiosité. On ne va pas quitter un pays contraint et forcé, on va en redécouvrir un autre.